L’actualité politique très mouvement ne peut laisser Benjamin Téhé, cadre de la région du Cavally, délégué régional à l’implantation LIDER Allemagne et Autriche Zone 3, insensible. Le collaborateur de Mamadou Koulibaly s’est prononcé sur tous les sujets brulants du moment dans cet entretien.

Le président Laurent Gbagbo et le ministre Charles Blé Goudé sont définitivement acquittés par la CPI. Quel commentaire ?   

Bnjamin Téhé : Il faut s’en réjouir et laisser les Ivoiriens et les partisans des concernés, manifester leur joie. Éviter de jouer les rabat-joies en demandant la modération dans l’expression de cette liesse populaire. Ceux qui avaient perpétré cette honteuse mascarade ne s’attendaient pas à un tel dénouement, mais la justice internationale a vraisemblablement décidé de laver ses mains comme Ponce Pilate dans cette affaire ivoirienne, car les vrais coupables sont ailleurs.  Il faut s’en réjouir également parce que ce n’était pas seulement le procès du président Gbagbo et de son ministre Charles Blé Goudé. Il s’agissait du procès des Ivoiriens, des amis de la Côte d’Ivoire, de tous les panafricanistes et des citoyens du monde  épris de paix, de justice et de vérité. C’était le procès de tous les exilés, des réfugiés, des orphelins, des veuves  de cette crise qui a débuté en 2002 par la rébellion imposée aux Ivoiriens à travers la France et ces satellites. Nous avons souffert de notre appartenance ethnique, religieuse, politique et géographique à cause du président Gbagbo. Habiter Yopougon en 2011, être Wê, étudiant et jeune fonctionnaire en cette période était un véritable danger de mort et plusieurs personnes ont perdu la vie pour les raisons que je viens de citer. Voir cette libération se concrétiser est une guérison physique, psychologique, morale et spirituelle. Il y a certes beaucoup de leçons à tirer et de suite à donner, mais permettons aux Ivoiriens de savourer cette grande victoire judiciaire et politique.

Cependant, ils sont sous le coup d’une condamnation à 20 ans ici en Côte d’Ivoire, comment appréhendez-vous la suite ? 

Benjamin TEHE : (rires !). Que pouvez-vous faire à un éléphant que vous n’avez pas pu abattre dans la forêt et qui se retrouve devant votre case ? Franchement ! Vous croyez que la préoccupation des Ivoiriens est de voir ces deux personnalités venir faire la prison ici, là où ils ont été jugés par contumace ? Le troisième mandat illégitime est déjà assez pesant pour Ouattara, il faut éviter d’en rajouter, je pense. Ils trouveront une acrobatie judiciaire comme ils savent bien le faire pour se sortir de cette affaire. L’heure de la peur est derrière nous. Car,  le combat pour la dignité est gagné d’avance. Aussi, que peut bien faire un gouvernement là où la  France a échoué à la CPI ? C’est par amour pour le pays que nous sommes dans cette posture à savoir lutter pacifiquement et démocratiquement. Personne n’a le monopole de la rébellion ou du désordre. Nous sommes juste conscients de la valeur de notre pays et des dangers auxquels certains fils l’ont exposé par ignorance et/ou égoïsme. Écoutez ! La situation actuelle est tellement triste pour les tenants du pouvoir actuel que je n’aurai vraiment jamais voulu être à leur place. Le mal qu’ils ont voulu faire au président Laurent Gbagbo et au ministre Charles Blé Goudé s’est retourné contre eux. Ils devraient prendre conscience que toute tentative malsaine en leur encontre sera vaine, car comme on le dit à Abidjan « il y a DIEU dedans ». À LIDER, nous luttons pour une justice pour tous. Nous combattons la justice à géométrie variable.  Personne n’est et ne doit être au-dessus des lois de la République. C’est le non-respect de la constitution et ces dérivées qui nous maintiennent à la case de départ depuis plusieurs années. Respectons nos lois, ayons un peu de patriotisme  et vous verrez que personne ne viendra de l’extérieur pour nous dicter quoi que ce soit. Pas même la France.

En tant que fils et cadre de l’Ouest, comment vivez-vous le procès d’Amadé Ourémi ? 

Benjamin TEHE : (soupir !) Cette comédie n’a rien de juridique, car ce bouffon n’est qu’un second couteau dans le dispositif du génocide contre le vaillant peuple Wê. Pourquoi est-ce maintenant qu’il est traîné devant des magistrats alors qu’aucune autre enquête sérieuse sur le terrain n’a été diligentée par le procureur ? De qui se moque-t-on ? S’il existe une coopération judiciaire avec le Burkina, il faut le rendre à son pays pour gérer la suite, car nos prisons sont déjà bondées d’opposants. Je trouve qu’il n’est pas nécessaire de l’envoyer à la CPI. Pendant que nous y sommes, il faudrait profiter pour interroger Anne Ouloto puisqu’elle nie l’existence de ce génocide. Elle pourrait nous donner des pistes sur comment les faits allégués dans le cadre de Amadé ont pu se produire. Le peuple Wê à l’instar de tous les autres peuples meurtris garde espoir à l’explosion de la vérité sur le génocide. Quel que soit le temps, les coupables seront punis et justice sera faite un jour. Pour l’heure, nous continuons de pleurer nos morts et combattons l’impunité dans la dignité.

La Côte d’Ivoire a été une fois de plus attaquée à la frontière avec le Burkina. Votre analyse.

Benjamin TEHE : Nous réitérons nos sincères condoléances aux familles des soldats ivoiriens tombés et déplorons cette situation. Comment comprendre que nos positions soient toujours attaquées dans cette zone alors que l’alerte a été donnée il y a de cela quelques mois ? Est-ce l’incompétence de la hiérarchie militaire ? Est-ce une volonté manifeste du ministre en charge du département au moment des faits de faire le buzz comme certains journaux proches de cette dictature ont voulu nous le faire croire ou est-ce un manque d’équipements pour faire face à ce genre de situation ? Une chose est sûre, une enquête parlementaire devrait permettre de situer les responsabilités, car il s’agit de situation sécuritaire grave. L’armée est certes truffée d’ex-combattants FRCI enrôlés et formés dans des conditions peu orthodoxes, mais je crois qu’il faut à un moment donné mettre du sérieux dans ce secteur de la nation. Nos troupes ne doivent pas inspirer la peur que lors des répressions contre l’opposition ou le peuple ivoirien ou les festivités. Il faut se battre pour défendre la nation s’il se trouve vraiment que ce sont des attaques de groupes djihadistes.

Que pensez-vous de la réélection d’Amadou Soumahoro à la tête de la présidence de l’Assemblée nationale ?  

Benjamin TEHE : C’est tout simplement triste ! Cette dictature aurait dû éviter cela, mais bon. Ce sont les signes d’une dictature. Rien de plus. Le rdr-rhdp nous prépare une notre mauvaise surprise. Prions le ciel pour que nous soyons forts dans ces moments d’épreuves.

Votre mot de fin 

Benjamin TEHE : Le régime au pouvoir devrait profiter de cette ferveur de libération internationale pour faire accélérer les choses en interne. Amnistie générale des prisonniers internes comme externes. Ils sont nombreux, mais les plus connus sont les militaires de la crise post-électorale, Pulcherie Gbalet, Koua Justin, les militants de GPS, etc. il faut faciliter le retour définitif des réfugiés ivoiriens, des exilés politiques. Enfin, ouvrir un véritable dialogue politique inclusif qui prend en compte tous les fils du pays sans oublier la société civile. Revoir le plus rapidement possible la situation des institutions en charge des élections et celle chargée de la validation des résultats définitifs. La CEI et le Conseil constitutionnel actuel sont de vraies bombes de destructions massives dans ce pays. Mieux vaut tard que jamais. Nous avons certes fini avec les législatives, mais vous convenez que les conflits post-électoraux demeurent. Travaillons à pacifier le pays.

Entretien réalisé par Parfait ZIO