Au terme des Jeux africains Rabat 2019 au Maroc, François Alla Yao, directeur de cabinet du ministre des Sports Paulin Danho, depuis la capitale du royaume chérifien, a porté un regard sur le bilan de la participation de la Côte d’Ivoire à ces jeux. Il a évoqué également le problème du non paiement des primes des athlètes et des encadreurs qui ont reçu la promesse qu’ils recevront leur pécule au retour, au pays.

Au terme de la 12e édition des Jeux africains de Rabat, la Côte d’Ivoire a remporté 18 médailles dont 5 en or, 5 en argent et 8 en bronze. Quel regard portez-vous sur ce bilan?

Le bilan des médailles est relativement satisfaisant parce qu’en dehors des 18 médailles, il y a la qualité de celles que nous avons obtenues (5 en or et 5 en argent) qui montre que notre représentation est bonne. Au-delà des médailles, il y a aussi le nombre de finales auxquelles nous sommes parvenues, et le nombre de fois où nous sommes passés près du podium. Les résultats sont satisfaisants sur le plan purement sportif. Il s’agit d’encourager ces jeunes parce que nous avons vu dans ces équipes, certains jeunes athlètes qui nous ont apporté des moments de satisfaction, notamment au tir à l’arc ou l’une d’entre elle a 16 ans. Elle est en 1ère et a déjà remporté l’or africain. Cela veut dire que s’il y a un bon encadrement au plan sportif et académique de ces jeunes, d’ici quelques années, nous pouvons espérer avoir de très bons athlètes dans des disciplines qui sont peu connues comme l’escrime ou le tir à l’arc. Beaucoup d’Ivoiriens se demandent même si nous avons des pratiquants dans ces disciplines. Or, ces jeunes sont nos représentants et ils ont été formés par des encadreurs ivoiriens sur le sol ivoirien. Ils parviennent à ce niveau de compétition. C’est très encourageant aussi bien pour ceux qui les encadrent que pour eux-mêmes. Je crois qu’il faut les regarder de près. Pour les Jeux olympiques 2020, la préparation doit commencer dès maintenant en exploitant toutes les possibilités qui se présentent à nous aussi bien au niveau national qu’au niveau des accords bilatéraux avec les pays qui ont plus d’infrastructures, et de compétences en termes d’encadrement technique. Nous pouvons exploiter ces accords pour faire en sorte que nous ayons des représentants de grande valeur aux Jo.

En 2015, la Côte d’Ivoire a obtenu 26 médailles dont 7 en or. Peut-on alors parler de satisfaction ?

Quand je parle de satisfaction, c’est par rapport à l’analyse que je fais. C’est vrai que quand on passe de la 11e place à la 11e édition, à la 12e place à cette 12e édition. On voit que le nombre de médailles a diminué mais il faut tenir compte aussi de la taille de la délégation que nous avons envoyée et du nombre de nos représentants. Il faut aussi tenir compte du fait que nous sommes venus avec l’espoir d’avoir certains de nos athlètes que nous n’avons pas pu avoir. Ils n’ont pas pu venir pour des raisons diverses. C’est pour cela que j’ai dit que le résultat est relativement satisfaisant. Il y a le fait que nous sommes en train de faire notre mue dans beaucoup de disciplines. C’est une phase transitoire. C’est ce qui me permet de dire que les résultats que nous avons obtenus sont relativement satisfaisants.

Qu’envisagez-vous face à cette situation?

J’ai demandé qu’une analyse plus détaillée soit faite. Cela veut dire que nous avons des résultats globaux mais il faut regarder les résultats individuels par discipline dans lesquelles nous sommes représentés. Il faut voir quel est notre rang dans ces disciplines. J’ai cité le cas de l’athlétisme. Il y a beaucoup de pays qui sont passés devant nous. Nos ténors sont en fin de carrière. La relève n’a pas suivie et ceux qui viennent sont encore trop tendres. Mais le fait d’avoir participé à ce niveau de compétition est déjà un élément important. Ça permet de voir qu’il y a une pépinière sur laquelle on peut compter. Il faut travailler avec cette pépinière-là. Tout ceci nous amène à dire que malgré tout, nos jeunes ont représenté leurs fédérations et la nation. Nous les avons vu aussi à l’œuvre. Au-delà des médailles, la production des athlètes nous permet de parler de satisfaction. Mais il y a encore du travail à faire pour se maintenir pour ceux qui y sont parvenus, et pour ceux qui ne sont pas parvenus, surtout ceux restés au pied du podium, il faut faire en sorte que dans les années à venir et dans les autres compétitions, ils puissent se hisser sur le podium.

La question des primes des athlètes a été posée plus d’une fois par les responsables fédéraux lors des jeux. Quel est le point de la situation aujourd’hui ?

Il ne faut pas se le cacher. Nous avons digéré pendant toute la compétition ce problème de primes. C’est dommage que ce soit arrivé. ça aurait pu perturber la compétition. Notre rôle à nous a été de rester auprès des jeunes, leur tenir le langage de la vérité, et faire en sorte qu’ils comprennent que nous nous sommes déplacés, que la nation ivoirienne a compté sur nous et choisi certains représentants de la jeunesse à ce grand rendez-vous. Il s’agissait pour nous de l’expliquer aux jeunes et de faire en sorte que même si un problème existe, qu’on puisse surmonter cette difficulté et s’exprimer au regard de ce que la nation attend de nous. Et je crois que c’est ce que les jeunes ont fait parce que cela n’a pas eu d’incidence sur leurs productions. On a discuté et échangé avec eux. On a tenu un langage de vérité. Il y a eu un dysfonctionnement dans le dispositif organisationnel que nous avons mis en place. Nous avons identifié cela. Nous avons partagé les préoccupations émises avec son Excellence monsieur l’ambassadeur de Côte d’Ivoire au Maroc qui nous a assistés tout le temps. Nous partageons aussi cette préoccupation avec monsieur le ministre Danho Paulin (qui était en déplacement en Chine pour la Coupe du monde de basket-ball, Ndlr). Des possibilités de réponses sont envisagées de sorte qu’au retour, nous allons éclaircir la question. Ce que je peux dire, c’est que nous n’allons plus jamais avoir ça. Je souhaite que cela n’apparaisse plus dans le déplacement d’une délégation. Les problèmes de primes ne viennent pas se négocier dans le bruit. Au moment où on est sélectionné et qu’on met en place le dispositif de participation, les conditions dans lesquelles les athlètes vont participer doivent être clairement définies. Ce n’est pas sur le lieu de la compétition que l’État de Côte d’Ivoire va faire quelque chose par rapport à cela. Comme je le dis et je le répète, plus jamais ça. Il faut que ce soit clarifié au départ et que chacun soit dans ses droits. Notre rôle n’est pas de frustrer les uns et les autres, mais c’est de savoir accompagner les jeunes par rapport à ce qu’ils ont choisi. Nous ferons en sorte que cela soit fait ainsi, pour éviter que ces petits problèmes viennent perturber après, la prestation des jeunes gens même si ça n’a pas été le cas. Il faut aussi empêcher que ça salisse l’image de la Côte d’Ivoire. C’est pour cela que nous n’avons pas hésité un seul instant à aller les rencontrer, quand bien même il fallait passer des nuits blanches, pour leur expliquer le but de notre mission au Maroc. Monsieur le ministre ne cesse de le dire, à travers la diplomatie par le sport, nous devons donner une image positive de la jeunesse ivoirienne dans ce concert des nations. Nous avons parlé aux responsables et aux athlètes. Il est prêt à les rencontrer et faire en sorte que ce genre de situation ne se présente plus jamais.

Les primes avaient-elles été prévues dès le départ ? Et qu’est-ce qui a posé problème ?

Je ne voudrais pas rentrer dans les détails, parce que comme le ministre a dit, à l’arrivée nous allons avoir une séance de travail en interne par rapport au dispositif que nous avons mis en place dans la préparation de l’organisation de cet événement. Nous avons souhaité à travers l’expérience des Jeux africains, renforcer et structurer notre dispositif pour que dans les grands événements que nous allons organiser, nous puissions avoir un noyau d’acteurs capables de penser, structurer, analyser et concevoir notre participation à ces grands événements sportifs de manière honorable. L’expérience a montré qu’il y a eu des failles. Nous allons rentrer, analyser cela de fond en comble, situer les niveaux de responsabilités, et prendre les décisions qu’il faut pour que cela n’arrive plus jamais. C’est en ce sens que je dis plus jamais ça. Nous avons un texte de loi qui donne des orientations. Nous avons des dispositions.

Qu’est-ce qui a fait que nous nous trouvons dans cette situation ?

Mais au-delà de vouloir faire endosser la responsabilité à quelqu’un, il y a aussi le principe du processus qu’il faut comprendre. La Côte d’Ivoire a été impliquée dans trois gros évènement sportif en l’espace d’un trimestre. Nous sommes sortis de la Coupe d’Afrique des nations, il y a le Championnat du monde de basket-ball qui se joue et il y a ces Jeux africains de Rabat. Depuis cette année, il ne faut pas se le cacher, la gestion des grands événements sportifs a été une grande difficulté pour nous, tenant compte déjà de ces grands événements sportifs et des programmes individuels de chacune des fédérations. Je le dis, quelle que soit la bonne volonté de l’État de Côte d’Ivoire, il est difficile aujourd’hui de pouvoir satisfaire les besoins de participation de toutes ces fédérations sportives.

Il y a eu également des problèmes de tenues et d’équipements. Quant est-il ?

Ces problèmes d’équipements ont plusieurs facettes. Il y a un budget pour les compétitions et un budget pour les équipes. Depuis longtemps, le ministre avait demandé aux fédérations sportives, on a mobilisé les moyens pour acheter les équipements.

A quel moment les fédérations ont déposé leurs besoins ?

Au-delà, il y a certaines fédérations qui avaient commandé des équipements. Ces équipements sont arrivés à quelques jours de la compétition. Ces fédérations devaient venir avec, et d’après ce qui m’est revenu, elles n’ont pas pu les sortir de l’entrepôt. Au moment du départ, c’est là que les fédérations se rendent compte qu’elles ne peuvent pas avoir les équipements. Elles sont venues voir la directrice de la Vie fédérale et des sports de haut niveau pour que les équipements soient intégrés dans les révisions budgétaires. Voilà un peu le fond du problème.

Parfait ZIO avec Sercom