La Côte d’Ivoire avance progressivement vers la date prévue pour les élections présidentielles. Aura-t-elle lieu? Rien n’est moins sûr. Cependant de nombreuses voix continuent  de se faire entendre pour interpeller le pouvoir en place quant au conflit qui pourrait en resulter si les choses restaient en l’état. Benjamin Téhé, cadre du parti Lider, par ailleurs, délégué régional à l’implantation en Allemagne et Autriche,  est clair dans sa position et le fait savoir dans cet entretien. Pour lui, Il faut remettre tout à plat et renouveler les institutions. 

Le pays aborde un virage incertain qui nous rappelle celui de 2010. Doit-on désespérer des politiques ivoiriens ?

 

Benjamin TEHE : Non, pas du tout ! Il faut plutôt se poser les bonnes questions afin de trouver la/les solutions à ce problème récurrent. Pourquoi depuis 30 ans, la Côte d’Ivoire est dans cette spirale de violence et d’incertitude à la veille des joutes électorales ? Qu’est-ce qui pose problème ? Il en ressort deux éléments fondamentaux : l’héritage des institutions peu démocratiques et le cas Alassane  Ouattara. Si le premier facteur semble être en partie du fait du premier dirigeant de notre pays, le second par contre provient totalement des forces extérieures à savoir la France et toute la mafia multinationale. Il s’agit de l’irruption de  Ouattara dans l’univers ivoirien en violation de toutes les procédures et de l’élégance politique en la matière.

C’est d’ailleurs pour y mettre fin définitivement que les groupements et associations de la société civile, les ONG de défense des droits de l’homme, les partis politiques de l’opposition et le peuple Ivoirien dans son ensemble appel à une désobéissance civile.  Il faut remettre tout à plat et renouveler les institutions telle que le conseil constitutionnel, la commission électorale et ensuite reprendre tout le processus d’enrôlement des électeurs ivoiriens avant de prétendre appeler les éventuels candidats à la présidence à déposer à nouveau leurs dossiers. Mais tout cela sans Ouattara je précise. Il n’y a pas droit aujourd’hui et il n’y aura pas droit demain. Ce n’est pas un débat, c’est un fait juridique, institutionnel, moral et historique.

 

Il veut pourtant plonger le pays dans la violence à travers sa volonté de faire un 3ème mandat. Comment éviter cette situation ?

 

B.T :  Nous allons lui donner une dernière chance à savoir renoncer à cette initiative suicidaire. Il a encore quelques jours pour appeler courageusement l’opposition et dialoguer pour qu’on lui garantisse certains avantages et privilèges dus à son rang. Si ce n’est pas fait, alors la désobéissance civile entrera dans une phase plus active pour le dégager. Le peuple en est capable. Aucun dictateur au monde n’a résisté à un peuple déterminé. Ni les enlèvements, ni les emprisonnements, ni les menaces des opposants ne pourront arrêter un peuple décidé à mettre hors d’état de nuire ce dictateur caché sous le manteau de démocrate. Pendant presque 10 ans, nous avons eu assez de temps pour découvrir la supercherie, le mensonge, la trahison et la barbarie dont lui et ses adeptes se sont rendus coupables.

 

Vous parliez tantôt de la France. Elle semble faire profil bas en observant la situation. Que vous inspire cette démarche ?

 

B.T : Les politiques de la France ont toujours été dans ce double jeu. Cette hypocrisie et la lâcheté institutionnelle française ne date pas de maintenant. Il faut bien comprendre que le seul et impérieux objectif est la préservation de ces investissements. Quand tu écoutes ou tu lis les médias français ces derniers temps, tu as l’impression qu’ils découvrent la politique ivoirienne pour la première fois. Jouer volontairement à l’équilibriste en cette période est malsain.

Elle joue plutôt à qui perd gagne, pourvu que ces intérêts ne soient pas hypothéqués. Elle milite plutôt pour empêcher tout développement en Côte d’Ivoire. Les ouvrages du Professeur MAMADOU Koulibaly, notre candidat, sont nombreux sur cette relation incestueuse qu’elle entretient avec ces anciennes colonies.  Les faits sont là et témoignent d’eux même. C’est avec le soutien de la France que Ouattara continue de narguer les Ivoiriens. Mais, cette situation prendra fin dans quelques jours et chacun tirera les conséquences de ces actes.

 

Plusieurs pays Africains traversent en ce moment des troubles en raison des manifestations contre les 3ème mandat. Existe-t-il des similitudes avec notre cas ?

 

B.T: (Rire !) Il faut remarquer que tous ces pays concernés sont des anciennes colonies françaises. Ce n’est pas le fruit d’un hasard de calendrier mais plutôt le résultat d’un cynisme néocolonial dont ils sont les seuls à avoir la recette. Cameroun, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali etc. Si la France ne soutient pas un dictateur pour rester au pouvoir à vie, elle reste silencieuse sur le phénomène des 3ème mandat  anticonstitutionnel. C’est pour cette raison que nous devons être très vigilants pour éviter que la victoire prochaine du peuple ne passe aux mains d’une quelconque marionnette du système France-Africain.

A LIDER, nous attachons du prix à la souveraineté, au patriotisme et à l’indépendance vraie. Nous sommes fatiguées d’être toujours à la remorque des autres nations même pour des besoins insignifiants. En 2000, sous le Gl Guéi Robert, le professeur Mamadou Koulibaly a permis à la Côte d’Ivoire d’organiser des élections sans aide extérieur puisque nous étions sous Embargo. 2O ans après, alors que notre économie rivalise avec celle de la Suisse, nous sommes dans des fonds d’aides et des prêts pour l’organisation d’une élection. La conclusion est gênante. Dramane est un piètre économiste dont les performances n’ont apporté que misère et désolation dans le pays.

 

A vous écoutez, le peuple Ivoirien ne doit compter que sur lui-même ?  

 

B.T : Et sur qui voudriez-vous compter ? La CEDEAO ? L’UEMOA ? L’UA ? La CADPH ? La CPI ? L’UE ? L’ONU ? Les ONG de défense des droits de l’Homme ? Sur qui pouvons-nous ou devons- nous compter ? Soyons sérieux dans notre démarche. Elles ont été volontairement comme involontairement complices de ce que nous vivons et traversons. Si aujourd’hui elles se prononcent avec lenteur, sans rigueur et difficilement sur cette situation, il nous appartient de tirer les conséquences et savoir orienter le combat. Aussi, Ouattara se fiche des décisions de toutes ces institutions malheureusement. Elles doivent trouver les moyens de faire respecter leurs décisions.

Votre mot de fin ?

Je voudrais faire une précision qui me paraît très importante ; Alassane Ouattara n’est pas constitutionnellement éligible. Il n’avait jamais l’intention d’organiser une quelconque élection crédible. Raison pour laquelle il s’est empressé de s’autoproclamer candidat du rdr-rhdp dès le départ brutal de feu GON.  Les Ivoiriens et toute l’opposition n’ont pas peur des élections. Ils veulent bien aller aux élections. Mais à conditions que Ouattara qui a fini ces deux mandats se retire de la course. Ensuite, qu’elle soit ouverte à tous sans exclusion et que le peuple en toute liberté fasse son choix. Que tous les prisonniers politiques, militaires et civils soient libérés. Que les exilés rentrent pour mettre les bases de la réconciliation en marche afin de finir définitivement avec cette spirale de violence liée aux élections en Côte d’Ivoire.   Voici les conditions pour un dénouement de la situation. L’histoire nous regarde et chacun doit jouer sa partition pour y parvenir. Aussi, dire au premier ministre que nous le tiendrons pour responsable des toutes les violations des droits de l’homme, des disparitions et des pertes en vies humaines depuis sa prise de fonction en tant que ministre de l’intérieur, ministre de la défense et sa nouvelle posture. Tout comme son mentor, il rendra compte un jour aux Ivoiriens. Le temps appartient à  Dieu, et  nous croyons en lui. Courage au peuple Ivoirien, c’est bientôt la fin.

Entretien réalisé par Franck EBI