Le compte à rebours a commencé. Depuis le mardi 11 octobre 2016, avec l’adoption, en plénière, du projet de constitution par les députés, la Côte d’Ivoire est dans le starting-block, en attente du top départ pour piquer son sprint afin d’entrer dans la 3e République.

Promesse de campagne du président de la République, Alassane Ouattara, ce vœu qui a été rapidement partagé par la grande famille des houphouetistes à laquelle appartient le chef de l’Etat, a buté, comme pour ainsi dire, sur une colère de l’opposition, dans sa grande majorité, qui y voit des manœuvres dilatoires devant permettre au chef de l’Etat de rempiler pour un troisième mandat.

Dès lors, chaque leader de l’opposition ou chaque groupement de partis s’active pour, dit-on, faire barrage à ce projet qui, jusque-là, n’a pas été contrarié, malgré les coups de semonce des partis de l’opposition et en dépit de la fronde ouverte contre sa réalisation.

Une chose est certaine, les entités de la sphère de l’opposition ivoirienne ont un seul et même objectif : faire barrage à l’avènement de la 3e République, synonyme, pour elles, d’une pirouette, d’un passage en force pour Alassane Ouattara de maintenir son clan à la tête de la Côte d’Ivoire.

Dans ce que ces opposants qualifient de ‘’jeu trouble du régime’’, il semble, à bien des égards, que ce sont les pourfendeurs de la nouvelle constitution qui font montre de fébrilité. « Dans cette affaire, l’opposition semble être à la peine ; et cela est dû, c’est sûr, à la force qu’ils ont en face, mais aussi à un problème de stratégie », commentait un diplomate africain. Stratégie, le mot est lâché. Comme ce diplomate, nombre d’observateurs critiquent la façon dont les partis d’opposition s’y prennent pour mener leurs actions voire le combat.

Il y a, sans doute, d’autres raisons qui expliquent que l’opposition s’essouffle, à chaque fois qu’elle doit faire face au régime Ouattara, mais la propension de chaque leader ou groupe d’opinion à vouloir évoluer en solo, en est une des causes essentielles. Alors que Pascal Affi Nguessan s’égosillait et marchait avec les siens contre la nouvelle constitution à Abidjan-Plateau, ses camarades du clan Sangaré l’ont royalement ignoré, douchant carrément la marche qu’organisait le président officiel du Front populaire ivoirien (Fpi). Et il ne faut pas s’attendre, lorsque ses frères d’en face lanceront un pareil mot d’ordre, à voir Affi venir leur prêter main forte.

Pour ce qui est du referendum à venir, même si on remarque que les deux tendances du Fpi ont une convergence de vues – les deux ont déclaré ne pas faire campagne contre le « non » mais ils boycotteront le scrutin -, il n’est pas certain de les voir bras dessous-dessus en train de mener des actions communes. Le cas du Fpi n’est pas isolé. La toute nouvelle Coalition pour la démocratie (Cod), qui vient de lancer un mouvement pour le « non », ne semble pas épargnée par le virus qui pousse à faire cavalier seul, même si ses leaders se disent prêts à mener des actions avec les autres franges de l’opposition.

Déjà, sur le plan de la stratégie, ce groupement va en contradiction avec le Fpi, aussi bien pro-Affi que pro-Sangaré. En fait, alors que les derniers cités sont à fond dans le boycottage, Bamba Moriféré, Henriette Lagou, Ahipeaud Martial et bien d’autres ont choisi de faire campagne pour le « non », le 30 octobre prochain, choisi pour organiser le referendum constitutionnel.

A cette allure, il est plus que normal que l’opposition présente un visage hideux, à chaque fois qu’elle doit prendre rendez-vous avec l’histoire. Une attitude à laquelle elle a habitué ses militants, à telle enseigne que parfois, à mots voilés, ceux-ci expriment le peu de confiance qu’ils placent dans les actions de leurs chefs. Au demeurant, les leaders de l’opposition ivoirienne doivent être conscients qu’une action solitaire est assimilable à un coup d’épée dans l’eau, surtout face à ‘’l’indéboulonnable’’ Alassane Ouattara.

Par TRA BI Charles-Lambert