De l’avis de spécialistes et d’observateurs de la scène politique ivoirienne, il faut se réjouir de la tournure qu’a prise le scrutin référendaire du 30 octobre 2016, censé faire rentrer la Côte d’Ivoire dans la 3e République.
Pour le régime en place, incarnée par la coalition du Rassemblement des houpouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), tout comme pour l’opposition portée par des partis plus ou moins importants, réunis pour la plupart au sein du creuset qui a pris le nom de «front du refus», ce référendum a pris très vite, un air de challenge.

Faire un pas supplémentaire vers l’harmonie et la réconciliation, pour mieux oublier les vicissitudes d’un long passé de guerre : tel est l’objectif solennel du projet de réforme constitutionnelle soumis au peuple ivoirien. Près de 6,3 millions d’électeurs étaient donc appelés aux urnes, le dimanche 30 octobre, afin de se prononcer sur ce texte que le président Alassane Ouattara a porté à bras-le-corps en espérant tourner définitivement la page des troubles politiques ouverte en 2002.

Parmi les nouvelles mesures prévues dans cette réforme figurent, en sus de la sanctuarisation de l’éducation obligatoire et de l’égalité entre hommes et femmes, la création d’un poste de vice-président, l’instauration d’un Sénat ou encore la suppression de la clause d’«ivoirité».

De leur côté, les opposants, dont la majorité peine à prendre toute sa place face à un pouvoir qui a marqué un point d’honneur à les fragiliser, avaient à cœur de jouer leur rôle de contrepoids. De la procédure de rédaction à chacun des 184 articles contenus dans le texte, rien n’a échappé à la critique de l’opposition qui, pour une fois depuis la gouvernance d’Alassane Ouattara, est parue plus cohérente, plus soudée et plus déterminée.

«Pour une fois, les opposants semblent tenir le discours, même s’ils ne pourront pas empêcher Alassane Ouattara de faire passer son texte», a décrypté un diplomate issu d’un pays de la sous-région. En tout cas, la détermination d’Alassane Ouattara de soumettre le texte rédigé par le comité d’experts conduits par le Professeur de droit, Ouraga Obou, à un vote référendaire, a contraint l’opposition à changer, à chaque fois, de stratégie.

Dans les principales villes de l’intérieur et dans le district d’Abidjan, les leaders de l’opposition ont appelé leurs militants et sympathisants à mener des actions de désobéissance civile afin de, si non empêcher le référendum, perturber ce scrutin qu’ils n’ont eu de cesse de qualifier de recul démocratique. Finalement, au soir du 30 octobre 2016, dans une ambiance électrique, par endroits, sur toute l’étendue du territoire national, le vote a eu lieu.
La guerre des chiffres aussi. Si ce scrutin est un test pour le chef de l’Etat Alassane Ouattara, et ses alliés du Rhdp, il l’est aussi pour les opposants qui avaient là l’occasion, pour les uns de s’affirmer, pour les autres de se réconcilier avec les militants qui avaient fini par exprimer un désamour à l’encontre de leurs leaders accusés d’être taciturnes, laissant Ouattara et les siens diriger comme un couteau dans du beurre.

Incontestablement, le taux de participation des 6,3 millions d’Ivoiriens appelés à voter dimanche lors du référendum sur une nouvelle Constitution voulue par le président Alassane Ouattara sera le principal enjeu d’un scrutin que l’opposition a appelé à boycotter et dont l’issue ne fait guère de doute. Bien entendu, le débat sur la nouvelle constitution sera axé sur le taux de participation.

L’opposition, qui n’est pas parvenue à faire blocage, voudra, si le taux de participation est faible, faire passer le texte d’impopulaire et, par ricochet, ceux qui l’ont porté, le président de la République en premier. La coalition au pouvoir devrait être en train de chercher les réponses à cette argumentation, car à l’épreuve du terrain, il est apparu clairement que les Ivoiriens ne se sont pas bousculés devant les bureaux de vote, dimanche 30 octobre 2016.

Par Charles Lambert TRA-BI