Le monde entier l’a reconnu, le procès ‘’Cour pénale internationale (Cpi) contre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé’’ est historique. En effet, il est le premier d’un ancien chef d’Etat devant cette institution créée en 2002. C’est connu, le président kényan Uhuru Kenyatta a comparu en 2014 mais les poursuites ont été abandonnées en décembre.

Mais ce n’est pas le seul fait qui porte à croire que ce procès fera tâche d’huile. Il doit durer trois ou quatre ans et il faut s’attendre à ce que nous allions de surprise en surprise. Dans le souci de faire éclater «sa» vérité, le Bureau de la procureure Fatou Bensouda a fait un casting impressionnant de témoins qui étaient censés ‘’porter le coup fatal’’ à Laurent Gbagbo et à son ancien ministre Charles Blé Goudé.

Des témoins qui ont été sélectionnés aussi bien dans le camp de l’actuel régime que dans celui déchu de la Refondation. Depuis l’ouverture de ce procès, ils sont nombreux, celles et ceux qui le suivent, qui tombent des nues face aux déclarations de certains témoins à charge, qui ont effectué le déplacement de la Prison de Scheveningen à La Haye pour clouer au pilori les deux accusés. Aussi bien civils que militaires, les témoins du Bureau du procureur sont allés dans un sens que Fatou Bensouda et ses collaborateurs n’avaient pas prévu.

Mais il faut le reconnaître, ce sont les gradés et les généraux, proches de Laurent Gbagbo, lors de la crise postélectorale, qui ont fait le plus de frayeurs à leur mandant. Le premier à faire une sortie de la route tracée par l’accusation, c’est le colonel Amichia Kouao Michel. Le 17e témoin, sous le feu brûlant des avocats de la défense, s’est fendu de déclarations qui prennent à rebours poils le procureur et le régime d’Alassane Ouattara.

Appelé pour enfoncer Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, le colonel a été amené à évoquer des sujets gênants pour le pouvoir d’Abidjan. Il a, par exemple, reconnu que le régime ivoirien pratiquait ce qui était convenu d’appeler un « rattrapage ethnique ». L’officier de la Garde Républicaine a attesté que, aussi bien dans l’armée que dans l’administration publique, plus de cadres originaires du nord, région d’origine d’Alassane Ouattara, sont nommés à des postes importants. Tous les autres officiers supérieurs, capitaux dans l’ex- dispositif sécuritaire et de défense de Laurent Gbagbo, appelés à la barre par le Bureau du procureur, n’ont pas non plus répondu aux attentes de Bensouda et de ses collaborateurs.

De l’inspecteur général de police, Brédou Mbia, Directeur général de la Police nationale lors des événements postélectoraux, au Général Guiai Bi Poin, commandant de l’ex-Cecos, en passant par l’Ambassadeur Edouard Tiapé Kassaraté qui commandait la Gendarmerie, tous ces témoins clés ont dérouté l’accusation qui misait gros en les convoquant à la Cour Pénale Internationale (CPI).

Un virage à 180° qui a amené la procureure Bensouda à les qualifier de ‘’témoins hostiles’’, la défense se délectant de la déposition de ses témoins importants dans les procès sur la crise 2010-2011 en Côte d’Ivoire. De là à entrevoir un acquittement des célèbres prévenus, nous ne pouvons nous y hasarder. Par contre, nous faisons un constat, que sûrement bien d’observateurs ont fait. De la charge, les témoins de Fatou Bensouda dans le procès contre Gbagbo et Blé Goudé sont en train, à ses dépens, de glisser vers la décharge.

Une situation qui agace le juge-président Cuno Tarfurger et qui fait le jeu des conseils des accusés. De la charge à la décharge, on le constate, des témoins clés mélangent les calculs du procureur de la CPI, dans le procès contre Laurent Gbagbo et Blé Goudé.

Par Charles Lambert TRA-BI