Quarante-huit (48) heures après la rencontre entre le Président Alassane Ouattara et son ex-allié, Henri Konan Bédié, l’atmosphère semble se décrisper. Au sortir de ce tête-à-tête ce 11 novembre, les deux personnalités affichaient même une mine plus détendue et une certaine complicité qui rappelaient le temps des alliances et promesses idylliques de leurs formations politiques.

Pendant des semaines la tension était palpable aussi bien à Abidjan qu’à l’intérieur du pays. D’un côté l’opposition intransigeante qui demandait le retrait pur et simple de M. Ouattara de la course présidentielle, d’un autre une coalition au pouvoir qui n’envisageait aucunement faire volte-face, balayant du revers de la main les revendications utopiques de ses adversaires réunis en un bloc pour la circonstance.

La main tendue de M. Ouattara à son aîné Henri Konan Bédié a surpris plus d’un. Au moment même où son pouvoir et sa victoire ont été actés par le Conseil constitutionnel, le Chef de l’Etat proposait « un dialogue franc et sincère » à son ainé.
« Pour ma part, je voudrais rappeler que j’avais marqué ma disponibilité pour une rencontre avec le Président Henri Konan BEDIE, Président du PDCI-RDA, à l’initiative de la mission ministérielle de la CEDEAO qui s’est rendue en Côte d’Ivoire le 18 octobre dernier. Je voudrais donc inviter mon aîné, le Président Henri Konan BEDIE, Président du PDCI-RDA, à une rencontre, dans les tout prochains jours, pour un dialogue franc et sincère en vue de rétablir la confiance », a indiqué M. Ouattara lors d’une allocution télévisée le 9 novembre.

Réaction du Président du PDCI

La réaction du Sphinx de Daoukro n’a pas tardé. Dans un communiqué il affirmait être disposé à rencontrer M. Ouattara mais sous certaines conditions.
« (…) le PDCI-RDA appelle à la satisfaction d’un minimum de conditions pour permettre des discussions franches et libres. Nul ne peut, en effet, aller à une table de négociation en étant bâillonné, privé de ses droits élémentaires et de sa liberté de mouvement », indique le communiqué du PDCI publié le 11 novembre.

Avant même la rencontre prévue le même jour à 17 heures le dispositif mis en place depuis une semaine autour de la résidence de M. Bédié a été retiré. Idem pour plusieurs personnalités de l’opposition.
« Le blocus devant ma résidence vient d’être levé… Merci à tous! », a publié Assoa Adou du FPI proche de Laurent Gbagbo sur sa page facebook. Quelques heures après, il rencontrait le Premier ministre Hamed Bakayoko en compagnie d’un autre cadre du Parti Sebastien Djedje Dano.

Un dénouement aux forceps ?

Ce vendredi, l’information du retour probable de l’ex-Président Laurent Gbagbo s’est rependue telle une trainée de poudre.
A en croire le magazine Africa Intelligence, dans sa parution de ce vendredi, ce sujet a été au centre des discussions entre Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara.
« Quelques jours après sa réélection, Alassane Ouattara vient d’acter la remise d’un passeport diplomatique à Laurent Gbagbo, ouvrant la voie à un retour de l’ancien président ivoirien en Côte d’Ivoire après neuf ans d’absence », indique le site. Cette information a cependant été démentie par l’avocate de l’ex-détenu de Scheveningen, comme le rapporte le site ivoirien 7 info.
« Il n’a été remis aucun passeport au Président Gbagbo. On attend toujours. Depuis plus de 4 mois maintenant », a martelé Me Habiba Touré.

Le dialogue entre l’opposition et le pouvoir renoué, les démarches pour le retour de M. Gbagbo peut-être en cours, les choses pourraient revenir à la normale dans les prochains jours.
L’acte posé par le Président Alassane Ouattara est à saluer puisqu’il a permis de mettre fin à un carnage même s’il n’a pu désamorcer la bombe.

La France a aussi apprécié cette main tendue de celui dont elle avait eu du mal à valider la victoire, se contentant de prendre simplement « note », à l’instar de l’Union Européenne.

Pour les partisans du Parti au pouvoir le RHDP, c’est encore là la démonstration de la bonne foi de leur leader, qu’ils n’hésiteraient pas à canoniser à la limite. Lui qui n’a pas hésiter à « se sacrifier » pour l’intérêt de la Nation en briguant un troisième mandat.

Alors que les félicitations fusent de toute part, des sources indiquent que ce dialogue a été l’ultime solution pour éviter une situation inconfortable au pouvoir d’Abidjan.
« Il s’agirait plutôt d’une stratégie utilisée par Mr Ouattara pour échapper au verdict de la Cour pénale internationale qui est en alerte sur les crimes commis dans le contexte actuel : la crise postélectorale », indique le Courrier Diplomatique.
Selon le confrère, la CPI « est très embarrassée à la suite des crimes, tortures et assassinats des opposants en Côte d’Ivoire ».

Si ces faits sont avérés, alors les victimes auront été sacrifiées sur l’autel des arrangements politiques, selon plusieurs observateurs. Les promesses de poursuivre tous les auteurs des exactions, meurtres, destructions de biens seraient-elles pure diversion pour attendrir la communauté internationale ?
L’avenir nous situera. Pour l’heure, au-delà des mises en liberté, levée des blocus, établissement de passeport, la question de la sécurité des Ivoiriens demeure un problème crucial.
L’impartialité de nos institutions encore plus. Aucune personne en Côte d’Ivoire de quelque bord quelle soit ne doit voir ses biens détruits, son intégrité physique atteinte, sa vie en danger parce qu’elle ose manifester son mécontentement ou ne partage pas la même conviction politique qu’autrui. Utiliser la terreur pour calmer les ardeurs de ses adversaires, ne doit plus être comme arme sous nos tropiques.

MYNA