AFFAIRE DETOURNEMENT DE 3 MILLIARDS A MAN : Les populations réclament la tête des élus locaux • Des manifestations sur la présidence annoncées

Une affaire de détournement secoue actuellement les autorités de la commune de Man, dans la région du Tonpki. Les faits.

Selon des sources bien introduites, la somme de trois (03) milliards de francs CFA, octroyée dans le cadre du Programme Présidentiel d’Urgence (PPU), a disparu dans la nature. Pour notre interlocuteur, cette faramineuse somme d’argent de l’Etat de Côte d’Ivoire, attribuée et destinée à mettre le bitume sur les routes dans la commune de Man sont sans traces depuis des années. Les autorités, elles, se sont murées dans un silence inquiétant.
Personnes ne sait la destination exacte de l’argent du contribuable ivoirien octroyé aux autorités de la commune de Man. Les rues de cette grande ville sont plongées dans un état de dégradation très avancée. La commune de Man a subi les affres de la crise postélectorales de 2010.
L’Etat de Côte d’Ivoire, dans sa volonté de redonner espoir aux populations et de redonner le blason de la capitale des dix huit montagnes, s’est engagé à donner la somme de trois milliards aux élus locaux de la commune. Et rien n’est fait sur le terrain. La population exaspérée, a décidé de taper du poing sur la table. Elle réclame des comptes aux autorités de la ville. « Il faut que la justice soit faite. Nous voulons la lumière sur cette affaire. C’est une situation qui dure. La population ici à Man croupit sous le poids de la misère et la pauvreté très avancée du fait de la division des hommes politiques de la région. En plus de cela, nous allons subir cette injustice ? Nous disons non ! Le chef de l’Etat doit vite agir. Là où se trouvent les trois milliards destinés à la réfection de nos routes, les autorités doivent nous le dire. C’est quand même scandaleux », s’exclame DD, joint au téléphone.
A en croire plusieurs ressortissants de la localité, le bien-être de la population devrait primer sur n’importe quelle autre considération. « Le constat est tout de suite fait sur la route du lycée moderne de Man. A cause de la poussière, les habitants à proximité sont tout le temps malades. Pourtant l’argent destiné à faire le bitume est détourné à d’autres fins. A quelques encablures, le siège du conseil régional du Tonkpi est visible est couvert de poussière », témoigne Doua, fils de la région. Pour d’autres, l’émergence a survolé Man à cause de la division de ses leaders politiques et c’est la population qui paye cash. L’un mis dans l’autre, la commune de Man souffre de sa léthargie profonde. Les autorités semblent dans une logique d’enterrer définitivement l’espoir d’un peuple déjà meurtrie dans son âme. Pour se faire entendre, la population de la ville de Man projette un sit-in devant la présidence les jours à venir. « Il est grand temps que la population de Man et de l’Ouest en général organise des semaines de marche dans toutes les villes pour dire son ras le bol. Trop c’est trop. Pendant qu’on refait le bitume dans d’autres villes, nous regardons impuissants, avec la complicité de nos leaders politiques qui ne passent leur temps qu’à se glisser des peaux de banane et à se torpiller. C’est notre cohésion qui fera prendre conscience au gouvernement que nous en avons assez. », a lancé Edmond G., fils de la région.
Par Parfait ZIO

André Tia (Maire de Man : « Je suis mal à l’aise…»
Suite à l’affaire de détournement d’argent qui secoue la commune de Man , nous avons approché le premier magistrat de la commune qui donne sa version des faits.

« Pour ce qui concerne le bitumage de Man, nous étions le 11 octobre 2015, lorsque nous avons reçu la visite du premier ministre Kablan Duncan. Il était accompagné des ministres Albert Mabri Toikeusse et Patrick Achi. Nous avons procédé au lancement du bitumage de la ville de Man. Cette cérémonie s’est déroulée devant la chefferie traditionnelle et toute la population. Après cette étape, la population de Man était très contente. Parce que les routes de Man seraient refaites. Mais force est de constater que depuis cette période jusqu’à ce jour, nous n’avons pas encore de bitume à Man.
Renseignements pris ici par là, nous n’avons rien du tout. Cependant, selon des indiscrétions, les trois (03) milliards de francs CFA auraient été décaissés. Or nous n’avons pas encore de bitume à Man. Et tout le monde estime que ce n’est pas normal qu’une ville de la taille de Man demeure non bitumée encore. Pourtant l’argent a été décaissé dans le cadre du Programme Présidentiel d’Urgence (PPU). Cela inquiète ! Pour faire la lumière sur cette affaire, le conseil municipal souhaite que les autorités municipales, la chefferie traditionnelle, les femmes, les hommes et toute la composante de la société civile aillent voir le président de la république. C’est sûr qu’il va nous écouter. Parce qu’on fait beaucoup d’effort pour l’embellissement de la ville de Man. Mais sans bitume, on ne peut pas atteindre nos objectifs. En saison de pluie, c’est la boue partout à Man. Et cela donne l’impression d’un ghetto. Nous voulons notre part de bitume pour rendre notre ville belle.
Au lancement du bitumage de la commune de Man, juste à côté de nous, les machines pour le bitumage étaient là. Toutes ces machines étaient gardées dans la cour de la mairie. Pour la population, juste après le lancement, les travaux allaient débuter. A notre grande surprise, ces machines destinées aux travaux de bitumage de Man, disparaissaient chaque jour. Jusqu’à ce que la dernière machine parte. Cette attitude a plongé la population de Man dans un désespoir total. Nous nous approchons des échéances électorales. Je suis coordonnateur RHDP dans la localité de Man.
A la dernière réunion, ma coordination a été très formelle. Si nous n’avons pas notre part de bitume, les choses seront difficiles pour moi de faire campagne pour le référendum à venir à Man. Ce sont ces genres de situations qui me mettent très mal à l’aise dans cette localité en face des populations. La population de Man est préoccupée par cet état de fait. Les gens estiment que le maire ne fait rien pour que la commune ait enfin son bitume. Je souhaite vivement qu’ensemble on parte rencontrer le président de la république, Alassane Ouattara, dans un délai assez court pour lui exposer cela. Il faut que la localité de Man ait son bitume afin de réparer cette injustice. En ma qualité de coordonnateur RHDP à Man, je suis très mal à l’aise. Cette situation pourrit l’atmosphère. Le 11 octobre 2015, lorsque nous avons posé la première pierre, c’était un peu avant l’élection présidentielle.
C’est juste après les élections présidentielles que les machines ont disparu les unes après les autres. Je suis en train de préparer la population au référendum, mais les gens sont très clairs avec moi. Ils disent que s’il n’y a pas de goudron, pas de référendum à Man. C’est ce que les populations me jettent au visage chaque jour. Franchement, les autorités de la république doivent le savoir. Man est abandonnée et laissé pour contre. En saison pluvieuse, les routes sont impraticables. Les autorités doivent savoir que ce n’est pas un bras de fer. Nous demandons simplement au président de nous aider à embellir la ville de Man. Il faut comprendre que malgré tout ce qui sera fait dans la ville, s’il n’y a pas de bitume, c’est en vain qu’on travaille. »
Propos recueillis par P.Z.