Parti de rien d’Abidjan après l’obtention du Baccalauréat au Lycéé Classique d’Abidjan, Meïté Alikari s’est imposé en France comme le leader de la formation en sécurité, sûreté et prévention incendie.
Qui est ce jeune ivoirien, patron d’une société de sécurité et de gardiennage en France qui multiplie les formations de fonctionnaires des Nations Unies et des forces de sécurité sur le continent africain relativement aux questions liées au terrorisme, à la sécurité, les gestes de premiers secours, la sûreté et la prévention incendie? Dans cette interview, ce patron d’entreprises d’une trentaine de salariés en France raconte son parcours parsemé d’embûches.
Parlez-nous de votre enfance
Meïté Alikari : Né le 22 Février 1977 à Grand-Lahou, j’ai connu une enfance comme tous les enfants de mon âge. Mes parents m’ont dit plus tard que tout petit j’étais déjà déterminé, curieux et très courageux. J’ai fait le CP1 à Jacqueville (ville balnéaire au sud du pays), le CP2 à l’école régionale de Treichville. L’EPP Port de Treichville m’a accueilli du CE1 au CM2. De la 6ème à la 3ème. Je débarque au Collège Moderne d’Abobo et je termine au Lycée Classique d’Abidjan de la seconde à la terminale.
Après le Baccalauréat qu’est-ce qui vous a poussé à aller en Europe ?
A.L.M. : Après le Baccalauréat, n’ayant pas de perspectives véritables sur place, j’ai eu la grâce d’arriver en Allemagne où une famille m’adopte en 2000 à Munich. Là,  je suis d’abord des cours de langue ensuite je débute des études universitaires en informatique programmation. Il faut reconnaitre qu’en Allemagne, j’étais coupé de toutes mes habitudes alimentaires (Foutou , Garba…).  En plus, j’étais le seul  africains du quartier où je résidais. Quand je sortais, j’entendais ‘’Voici le noir’’. Ce sont des moments difficiles que j’ai vécu.  Naturellement je me suis renfermé sur moi. Mais rapidement je me suis secoué pour vaincre le regard des autres pour arriver à m’intégrer dans la communauté. Au bout de 6 mois, j’ai commencé à parler la langue Allemande.
Comment êtes-vous arrivez en France ?
A.L.M : Pour mes premières vacances, j’ai choisi d’aller en France en 2001. A Paris, je me sens à l’aise car je retrouve certaines connaissances et membres de ma grande famille.  De retour en Allemagne, j’indique à ma famille adoptive que je souhaite rester en France. Dans les débuts, la famille Thomas, souhaite que je reste un peu à leurs côtés. Mais fin 2001, je dépose définitivement mes valises en France. Je poursuis mes études jusqu’au Master mais dans des conditions difficiles surtout quand on est un jeune étudiant étranger. Face à ces difficultés, j’ai décidé  d’embrasser la vie active tout en continuant de me former.
Comment avez-vous vécu ce passage à la vie active ?
A.L.M : Le métier par excellence des étudiants étrangers est celui d’agent de sécurité souvent couplé à celui d’agent de sécurité cynophile (communément appelé vigile et maitre-chien en Côte d’Ivoire). Donc de  2002 à 2008, j’exerce dans la sécurité privée. Parallèlement, je continue à me former et  j’obtiens des certifications professionnelles en sécurité, sûreté, et prévention incendie. Mieux, j’obtiens le plus haut diplôme de prévention incendie qui est le SSIAP3.
Logiquement, je deviens instructeur en secourisme. Ma soif d’apprendre me pousse à me faire former par un ancien militaire des forces spéciales françaises en sensibilisation aux actes terrorismes.

 

Aujourd’hui vous êtes une référence en matière de formation en sécurité, sûreté, prévention. D’où partie le déclic ?

A.L.M : J’ai commencé à former dès 2003 dans mon domaine de compétence. J’ai rapidement tissé des liens avec des colonels pompiers français, des policiers et gendarmes. Ces derniers m’ont signifié que j’avais l’expertise pour monter ma propre entreprise. C’est ce que j’ai fait dès 2009. En 2010, j’ai obtenu tous mes agréments du ministère de l’Intérieur français. Aujourd’hui, je peux dire sans prétention que j’ai l’un des meilleurs centres de formation en sécurité, sûreté et prévention incendie en France. Aussi, par mes résultats, je suis l’un des meilleurs instructeurs et formateurs en France. J’ai eu à former près de 10 mille personnes principalement des africains de toutes nationalités.

A vous entendre, on a l’impression que tout était facile pour atteindre ce niveau ?

ALM : Je donne juste l’impression que les choses sont faciles parce que je suis un passionné du travail bien fait. J’ai appris la rigueur en Allemagne. Quand je me lançais, des amis m’ont fait savoir que ce domaine était réservé aux juifs et aux français que je courrais tout droit dans le mur. Mais j’avais la conviction que je réussirais. Pour réussir, Il y’a ce que j’appelle le triangle de la réussite (les hommes, l’organisation et les moyens). Je me suis entouré des personnes qu’il fallait avec une solide organisation et des moyens financiers pour atteindre mes objectifs. J’ai encore d’autres défis qui m’attendent.

N’avez-vous pas peur de la concurrence ?

A.L.M : A parti de 2014, d’autres africains ont ouvert leur centre de formation. Mais tous sont passés par mon école. J’ai formé et coaché tous les patrons de ces centres de formation en France dirigés par des africains. Je n’ai jamais eu peur de la concurrence, je trouve même qu’elle est salutaire. Car seul on va vite mais à plusieurs on va plus loin.
L’une des forces des occidentaux, c’est la solidarité. Les européens ont toujours fonctionné ensemble pour être plus forts. Au regard du modèle occidental, en 2014,  j’ai proposé à mes confrères qu’on mette en place l’union des centres de formation des africains pour qu’on soit plus fort. Tous ces faits démontrent que j’aime la saine concurrence.

Avez-vous formé sur le continent africain ?

A.L.M : En 2009, j’ai organisé une conférence au Mali sur l’importance de la sécurité au sein de la société. J’ai effectué plusieurs voyages en Afrique de l’ouest dès 2010. Dans cette période, j’ai piloté la formation des agents des sociétés de sécurité en Côte d’Ivoire. J’ai formé des partons de sociétés de sécurité privée basées en Côte d’Ivoire en France. Aussi, j’ai conduit la formation de la police ivoirienne sur les questions de terrorisme.
En Guinée, j’ai conduit la formation de la police et des fonctionnaires des Nations Unies sur les questions de terrorisme. Au Burkina, j’ai formé des agents de sécurité et des ONG sur la prévention incendie et les gestes de premiers secours.
Dans mon pays la Côte d’Ivoire, j’ai initié des formations gratuites dans plusieurs villes du pays sur la prévention en incendie afin d’outiller nos parents via mon ONG.

Quel jugement faites-vous de l’organisation du secteur de la sécurité privée en Côte d’Ivoire ?

A.L.M : C’est un secteur développé mais pas règlementé. Beaucoup de sociétés exercent illégalement. Nombreux sont les agents qui ne sont pas formés. Les entreprises forment les agents en fonction des besoins ce qui n’est pas normal. J’ai indiqué au gouvernement que je suis prêt à aider les autorités à règlementer le secteur de la sécurité privée en Côte d’Ivoire.

Quelle est votre recette pour règlementer ce secteur ?

Pour rendre ce secteur viable, il faut mettre en place un Conseil national de la sécurité, de la sureté et de la prévention. Dans ce Conseil, siègeront : un magistrat, un officier des sapeurs-pompiers, un officier de la police ou de la gendarmerie (Officier de la police judiciaire), un représentant des sociétés de sécurité et un représentant des agents tout ceci sous la tutelle du ministère de l’Intérieur.  Ensuite, les agents doivent être formés.
Pour ce faire, il faut des modules de formation de 210 heures pour former l’agent en prévention de sécurité et en droit. Les agents doivent savoir ce que c’est que le flagrant délit, le pouvoir d’appréhender, la mise en danger de la vie d’autrui avant d’être en service.
Cette formation sera sanctionnée par la délivrance de certificats de qualification professionnelle aux agents formés dans toutes les branches. Un diplôme qui sera reconnu par l’Etat de Côte d’Ivoire.

Pourquoi n’installez-vous pas un centre de formation ou une société de sécurité en Côte d’Ivoire?

A.L.M : Je crois que ça risque d’être une société de trop dans un secteur développé mais peu organisé. Je ne veux pas tricher sur les documents et salaires des employés. Mon combat, c’est qu’on n’appelle plus les agents de sécurité de façon péjorative ‘’vigile’’. Mais qu’ils soient reconnus comme des professionnels de la sécurité, la sûreté et la prévention avec des traitements salariales acceptables. En un mot qu’ils soient respectés.

Vos perceptives pour la jeunesse et la Côte d’Ivoire ?

A.L.M : Je veux partager mon expérience avec les ivoiriens notamment la jeunesse. Depuis 2018, je suis quasiment en Côte d’Ivoire pour expliquer aux jeunes qu’il faut se mettre au travail car il n’y a pas de sot métier. Je veux inviter les ivoiriens à se former pour qu’on ait dans un futur proche des ouvriers qualifiés.
L’Allemagne a le plus grand nombre d’ouvriers qualifiés grâce à un système performant de formation. Conséquence, ils sont les champions au monde dans plusieurs domaines. En Côte d’Ivoire, Il faut qu’on arrive à dispenser des formations professionnelles régulières.
Aussi, les jeunes doivent comprendre qu’on ne peut pas tous être fonctionnaires. Il faut que les ivoiriens s’intéressent à l’entreprenariat. Le secteur privé doit être plus dynamique pour attirer le maximum d’investisseurs. En somme, j’ai des ambitions pour le pays. Je veux mettre mon expérience au service de mon pays. Surtout mettre à la  disposition des ivoiriens ce que j’ai appris et vu.

Vous avez une autre passion ?

A.L.M : Oui. Depuis tout petit j’étais un passionné d’avion. Je rêvais d’être pilote. Par la détermination et l’envie de réaliser mes rêves j’ai fait un brevet de pilotage sur des avions de tourismes Monomoteur.

Parfait ZIO avec Sercom