Objectifs de développement durable: Ce qu’il faut savoir

Les Objectifs de développement durable (ODD). La connaissance et même la compréhension de ce programme qui vise à éradiquer un certain nombre de maux de ce monde restent encore très faibles au niveau du citoyen lambda. La Synthèse veut, à travers cet article, éclairer la lanterne des populations.

Fonctionnement

Les objectifs de développement durable ont été adoptés, il y a plus de 3 ans. En effet, 193 pays membres de l’Organisation des Nations unies, ont opté, le 25 septembre 2017 pour 17 objectifs de développement durable rassemblés dans l’agenda 2030. Les Objectifs de développement durable remplacent ainsi les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et visent à aller plus loin pour mettre fin à toutes les formes de pauvreté dans le monde.

Avec ces nouveaux objectifs qui s’appliquent à tous, les pays sont mobilisés dans le but de mettre fin à toutes les formes de pauvreté, combattre les inégalités et s’attaquer aux changements climatiques, en veillant à ne laisser personne de côté. Bien que les ODD ne soient pas juridiquement contraignants, il est attendu des gouvernements qu’ils prennent les choses en main et mettent en place des cadres nationaux pour atteindre les 17 objectifs que sont l’Éradication de la pauvreté ; la Lutte contre la faim ; l’Accès à la santé ; l’Accès à une éducation de qualité ; l’Égalité entre les sexes ; l’Accès à l’eau salubre et à l’assainissement ; le Recours aux énergies renouvelables ; l’Accès à des emplois décents ; Bâtir une infrastructure résiliente; promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager l’innovation ; Réduction des inégalités ; Villes et communautés durables ; Consommation et production responsables ; Lutte contre le changement climatique ; Vie aquatique ; Vie terrestre ; Justice et paix ; Partenariats pour la réalisation des objectifs.

L’on ne peut parler d’ODD sans évoquer le Forum politique de haut niveau (en anglais, High Level Political Forum) pour le développement durable, plate-forme centrale des Nations unies, pour son rôle important. Il est au cœur du mécanisme de suivi des ODD au niveau global. Il suit un cycle de 4 ans où chaque pays doit déterminer sa mise en œuvre de l’agenda 2030 en l’ancrant dans une stratégie nationale. Et une réunion a lieu chaque année au Conseil économique et social des nations unies (ECOSOC) et tous les 4 ans à l’Assemblée générale des Nations unies à l’échelon des chefs d’Etat. Jusqu’en 2030, chaque pays est invité à présenter un rapport tous les 4 ans. Le premier cycle s’achèvera avec le prochain sommet des Nations Unies en 2019.

Les ODD s’appuient, faut-il le noter, sur le succès des Objectifs du millénaire pour le développement qui étaient ancrés dans un système nord-sud où les pays cibles étaient les pays en voie de développement. Mais les ODD sont beaucoup plus élargis et s’appliquent à toutes les nations. C’est-à-dire que même les pays les plus développés sont invités à prendre part à l’agenda 2030. Les ODD comprennent exactement 17 objectifs, 169 cibles, 230 indicateurs alors que les OMD avaient seulement 8 objectifs, 21 cibles et 60 indicateurs. Lobna Hadji, en poste à la Banque mondiale, est chargée des Affaires internationales pour la Vice-Présidence de l’Agenda 2030, pour le développement durable et en partenariat avec l’ONU. Intervenant dans une vidéo diffusée dans le cadre d’un cours sur le développement durable, elle est revenue sur les progrès des OMD.

«Lorsqu’on se penche un peu plus en détail et regarde les estimations pour les pays en voie de développement, on voit que la réduction de la pauvreté extrême (OMD 1), l’accès à l’eau potable (OMD 7) ont été atteints. On sait par exemple que le monde a réduit le pourcentage de la population qui vivait en pauvreté extrême (à ce moment c’était de moins de $1.25 par jour, aujourd’hui, c’est à 1,90) de 47% en 1990 à 22% en 2014. Mais si on regarde un peu plus en détail, on voit que sur 145 pays, on n’avait aucune donnée pour 27 pays. L’OMD qui avait le plus de lacunes est celui de la mortalité infantile et maternelle où on sait que le problème n’était pas d’ordre financier mais était la mise en place des programmes », a expliqué Lobna Hadji, soulignant que malgré un succès hétérogène qu’a connu les OMD, des conclusions ont été tirées afin de mettre en œuvre des ODD axés sur trois thématiques que sont les données, le financement et la mise en œuvre avec une dimension locale. Les données, a-t-elle expliqué, sont des facteurs clés pour comprendre les changements et cibler les programmes. Mme Hadji a, à cet effet, indiqué que «le nombre de personnes vivant dans une pauvreté extrême (1,90 dollar) a diminué globalement (la Chine et l’Inde sont des exemples évidents), mais on se rend compte qu’à l’inverse, il augmente rapidement en Afrique subsaharienne. Malgré les progrès, en 2013, 41% de la population vivait en pauvreté extrême, l’équivalent de 389 millions soit 113 millions de plus qu’en 1990. Il reste d’énormes obstacles en Afrique. Le manque de données reste un défi majeur à l’intégration des programmes de développement dans les plans nationaux. Il est donc nécessaire de renforcer les institutions de statistiques. Pour la Banque mondiale, nos efforts de la lutte contre la pauvreté restent limités (population mondiale vivant avec moins de 1,90/jour sous la barre des 3%) par manque ou insuffisance de données dans beaucoup de pays. On a identifié 57 pays avec 0 à 1 enquête type recensement sur la pauvreté de 2002 à 2011, et en plus 27 sans aucune donnée. La Banque mondiale s’est engagée à mettre en place des enquêtes sur les budgets des ménages tous les 3 ans pour 78 des pays les plus pauvres d’ici 2020».

Financement

Lobna Hadji a aussi abordé la question du financement du développement durable. Elle a fait savoir que cela va coûter à peu près 30.000 milliards de dollars jusqu’en 2030.
«L’assistance officielle pour le développement (OAD) s’élève à 132 milliards de dollars par année, donc la participation du secteur privé ainsi que des marchés financiers modernes sera essentielle. En juillet 2015, à Addis-Abeba, les donateurs et pays en développement s’était réunis pour explorer de nouvelles pistes de financement d’aide au développement pour l’agenda. L’objectif était de trouver les moyens d’atteindre les ODD pour 2030. Leur réunion a abouti avec la création d’un document appelé ‘’l’agenda d’action d’Addis-Abeba’’. Donc la conclusion était simple. Les États Membres s’engagent à renforcer la mobilisation des ressources publiques, par le biais notamment d’une amélioration de l’administration fiscale, alors que les pays développés réaffirment leur engagement à consacrer 0,7% de leur revenu national brut à l’aide publique au développement », a-t-elle rappelé, clarifiant le rôle du secteur privé.

«Aucun secteur ne peut à lui seul réaliser les ODD, et le secteur privé joue donc un rôle clef. Il a plus de 10.000 milliards de dollars américains investis en obligations à taux négatif, 244.000 milliards en emprunts d’état à faible rendement et 8.000 milliards en espèces. Jusqu’à maintenant, les organismes internationaux et les Etats avaient des rôles relativement bien définis dans le programme mondial de développement, tandis que la participation du secteur privé dans le processus était souvent considérée pour ses contributions à la croissance économique, à la création d’emplois et aux recettes fiscales. Mais cela a changé, le secteur privé assume un rôle élargi mieux intégré au programme de développement d’agenda 2030. Le secteur privé peut devenir un agent financier déplaçant des milliers de milliards de dollars en capitaux vers les pays en développement », a éclairé Lobna Hadji.

Mise en œuvre

Elle a, par ailleurs, indiqué que la mise en œuvre des ODD est basée sur le développement humain et vise une croissance intelligente, durable et inclusive, avec un investissement pour la résilience. Il faut donc commencer à investir tôt dans le développement humain, en faisant en sorte que les femmes enceintes aient accès à des soins prénatals, et qu’on prévienne la malnutrition chez les enfants, afin qu’ils se développent normalement ; en garantissant l’accès de tous à des soins de santé de qualité ; en investissant dans l’éducation et en préparant les élèves et les étudiants aux emplois de demain ; enfin en établissant des filets sociaux qui protègent véritablement les pauvres. Il faut aussi investir davantage et plus efficacement dans la personne humaine. Nous sommes convaincus que le capital humain va continuer à se valoriser au fil des ans. La demande de compétences numériques s’accélère, les emplois restants exigeront des compétences innovantes et plus sophistiquées. «Et enfin, nous devons promouvoir la résilience aux chocs et menaces planétaires. Nous vivons une époque de crises multiples qui se chevauchent (pandémies, changement climatique, réfugiés et famine pour citer les plus importants)», a-t-elle poursuivi.

A l’en croire, une mise en œuvre localisée s’avère également nécessaire. Les gouvernements locaux joueront, à cet effet, un rôle essentiel en vue de la réalisation de ces 17 ODD dans leur ensemble. La ‘’localisation des ODD’’ consiste à prendre en compte les défis et les opportunités locales distinctes de chaque collectivité lors de la mise en œuvre de l’Agenda.

Les ODD restent un défi majeur pour les Etats qui devraient prendre à bras le corps chaque axe de cet agenda en vue de sa réalisation dans les délais qu’ils se sont librement fixés.

Marina N.